Connectez-vous S'inscrire
MENU
SIS

Benoît Bresson : « L’avenir du numérique hospitalier repose sur une coordination optimale des ressources »


Rédigé par Aurélie Pasquelin le Mardi 17 Février 2026 à 14:01 | Lu 133 fois


Face aux transformations du système de santé, entre hôpitaux ambulatoires, coordination ville-hôpital et usage croissant des outils numériques, Benoît Bresson, président du collectif des GRADeS et directeur du GRADeS Région Sud, partage sa vision de l’hôpital de demain et explique comment mieux organiser et piloter les parcours de soins.



Pour commencer, pourriez-vous rappeler les missions du GRADeS Région Sud et le rôle du collectif des GRADeS dans l’écosystème numérique en santé ? 

Benoît Bresson : Le collectif des GRADeS travaille à apporter davantage de clarté et de cohérence dans un paysage numérique parfois éclaté, où les initiatives des GHT, des GRADeS et des programmes nationaux peuvent se superposer. L’objectif est de structurer l’action, en travaillant notamment sur l’urbanisation des systèmes d’information et la coordination des projets inter-GRADeS. Ces missions couvrent autant l’architecture numérique que la transformation des parcours de soins, en particulier pour fluidifier la relation ville-hôpital. Dans ce cadre, le GRADeS Région Sud, comme ses homologues, met en œuvre les feuilles de route issues du national, par exemple de la DNS et de l’ARS, financées conjointement au niveau national et régional.  

Quels projets nationaux ont marqué l’action des GRADeS ces dernières années ? 

Le programme Ségur est un moteur central, plaçant nos équipes au cœur de l’accompagnement des établissements et des professionnels de santé. Il a permis de coordonner l’équipement et l’usage d’outils tels que le DMP, l’INS, MSSanté ou Pro Santé Connect, grâce à une collaboration inédite entre GRADeS, ARS et Assurance maladie, rompant avec les logiques de silo et facilitant le dialogue avec les éditeurs. Au-delà du Ségur, le déploiement de dispositifs de télémédecine – télé-AVC, télé-expertise neurologique – permet de répondre aux besoins des zones sous-dotées et des professionnels. Ces initiatives, consolidées par l’écosystème structuré par le Ségur, permettent de capitaliser sur l’expérience acquise et de construire un socle numérique cohérent et opérationnel au service des territoires. 

Vous parlez d’un virage « métier ». Comment cela améliore-t-il l’organisation hospitalière et les parcours de soins ? 

Après une phase initiale centrée sur les outils et les référentiels, nous opérons en effet aujourd’hui un véritable virage métier. L’hôpital poursuit son développement ambulatoire, mais cette évolution fragmente parfois les parcours, d’où le besoin d’outils de coordination intégrés. Des projets comme SNACS et e-parcours ont permis d’équiper les DAC et les CPTS, associant progressivement le secteur libéral avant d’y intégrer pleinement les établissements de santé. Cette démarche a mis en lumière une vérité essentielle : la coordination doit se construire à l’échelle des bassins de population, là où les professionnels interagissent au quotidien. Plusieurs initiatives se développent en ce sens, telles que les filières ville-hôpital ou les approches de responsabilité populationnelle, avec un rôle croissant pour les GRADeS dans la structuration numérique nécessaire à leur déploiement efficace.

Quels sont, selon vous, les défis majeurs qui attendent la transformation numérique du système de santé ? 

Les défis sont doubles. Une prise en charge réellement coordonnée nécessite que tous les acteurs accèdent au même cercle de soins, sans ressaisir les informations. Mais cette évolution aura inévitablement des implications. La difficulté tient donc tout autant à l’interopérabilité technique qu’organisationnelle, avec une normalisation ciblée des contenus et une réflexion sur ceux réellement utiles aux professionnels. Plutôt que de viser une uniformisation exhaustive des dossiers, nous explorons les apports de l’intelligence artificielle pour identifier les données pertinentes selon le moment thérapeutique, où qu’elles se trouvent. Cela pose des questions techniques, juridiques et règlementaires, notamment avec le RGPD, mais ouvre une approche plus pragmatique. La réussite de la transformation numérique dépendra donc de notre capacité à articuler deux approches, la structuration des organisations et le développement de technologies facilitant l’exploitation et la mobilisation des données pour améliorer les parcours. 

Comment envisagez-vous le futur du numérique hospitalier et, plus largement, du système de santé ?  

Le futur du numérique hospitalier passera par une optimisation des filières de soins et une meilleure connaissance et coordination des ressources territoriales. Dans le GRADeS PACA, issu de l’Observatoire régional des urgences, nous renforçons par exemple la dimension médicale et cherchons à transformer le rôle du GRADeS en véritable maîtrise d’ouvrage, capable d’assister les transformations des organisations territoriales. L’objectif est de cartographier et rendre accessibles les 15 à 20 000 structures existantes – hôpitaux, DAC, CPTS, dispositifs de suivi de patients chroniques ou âgés – pour que chaque professionnel sache où et comment orienter un patient. Cela implique des outils numériques performants, l’intégration des organisations existantes, la fluidification des parcours, et un travail de terrain pour comprendre les besoins et remonter l’information jusqu’aux ARS et à l’ANS. L’enjeu final est de maximiser l’usage de l’écosystème existant pour garantir le meilleur accès aux soins, tout en structurant durablement le pilotage régional et national des parcours. 

Pour conclure, quel message souhaiteriez-vous transmettre sur l’évolution des GRADeS et leur rôle à venir dans l’écosystème numérique ?

Aujourd’hui, notre priorité régionale est de mieux nous intégrer dans l’écosystème existant pour agir de manière coordonnée et lisible. Nous rapprochons nos équipes de l’Observatoire régional des urgences, de la FHF, du CIUS [Centre d’innovation et d’usages en santé, NDLR] et des cellules régionales d’appui à la qualité pour sécuriser les organisations et limiter les événements indésirables. En parallèle, nous souhaitons collaborer avec la DNS et les différents acteurs concernés, notamment les représentants des SI à la conférence des directeurs généraux de CHU pour clarifier les responsabilités, éviter les chevauchements et urbaniser les systèmes d’information. Cette dynamique de coopération politique et opérationnelle traduit une volonté réelle de sortir des silos, d’aligner l’action des GRADeS, des GHT et des établissements, et de construire un système plus efficace et intégré au service des patients. 

> Article paru dans Hospitalia #71, édition de décembre 2025, à lire ici 






Nouveau commentaire :
Facebook Twitter